Longtemps, j’ai eu envie de mourir. Je n’ai jamais rien fait pour, mais au fond de moi, j’esperais être victime d’un accident, je traversais les routes sans vraiment regarder, je me disais que peut-être avec un peu de chance j’allais être atteinte d’une maladie incurable même si bien sur, une mort rapide était plus souhaitable. Pendant 3 ans, je suis allée toutes les semaines m’asseoir dans le canapé en cuir marron vieilli d’une psychiatre, je prenais religieusement mes petits comprimés de Zoloft et parfois de Lysanxia quand je faisais de grosses crises de panique. J’ai enchainé les relations minables parce que je ne me croyais pas assez bien pour avoir quelque chose de décent. J’etais tellement centrée sur moi-même, sur mon ressenti, que j’en ai probablement négligé les autres, qui, eux, étaient toujours là pour moi.
J’étais depressive, tout sentiment neutralisé par les petites pilules supposées du bonheur, je passais des heures dans mon lit à ne vouloir rien, à être vide, à pleurer par habitude, pour me débarasser de tout ce dont je ne pouvais pas parler. La nuit, je m’accrochais à mon lit pour ne pas me jeter par la fenetre. J’ai vécu comme ça bien plus longtemps que mon entourage ne le pense, jusqu’à récemment, où le fait de devoir dormir dans un appartement en étage élevé me ramenait à ces pulsions nocturnes morbides.
Pourtant, on ne pouvait pas me reprocher d’être une fille sombre, j’etais plutot de compagnie agréable, je n’ai jamais été ouvertement triste. Je préférais m’enfermer avec mes démons et les laisser me bercer jusqu’à l’endormissement, en esperant juste que plus jamais ils ne me réveilleraient.
Puis, comme pour un deuil, mon mal-être s’est attenué doucement, sans vraiment jamais disparaitre : il est toujours là comme une présence spectrale, menacant parfois de reprendre le dessus. Mais je ne le laisse pas, je ne le laisse plus. J’ai appris à me battre contre moi-même, sans bequille medicamenteuse, sans psy, juste moi et cette volonté que je sais fragile.
Avoir un enfant ne m’a pas sauvée, j’ai voulu Gugu quand j’ai compris que je voulais vivre et que j’ai réappris à vouloir vivre, à me ré-ouvrir sur le monde, même si il ne me plait pas toujours. Ca a pris du temps, mais lorsque je regarde en arrière, je me rends compte que mon instinct de protection a été le plus fort. Et souvent, je me dis que si je n’étais pas née dans la famille que j’ai, entourée d’amis si comprehensifs malgré cette maladie incompréhensible, je ne serais certainement plus de ce monde. La depression est un cancer de l’âme, la culpabilité de ne pas savoir être heureux alors qu’on a tout pour en plus.
J’ai tellement longtemps voulu me conformer à ce que je n’etais pas, qu’aujourd’hui je ne m’excuse plus jamais de ce que je suis.

