
Assise près de la cheminée, je lisais tranquillement « L’Obvie et l’Obtus » de Roland Barthes (ou etait-ce Closer avec le témoignage de Joelle P. « Le pénis de mon mari est resté coincé dans mon oreille pendant 6 jours suite à une mauvaise blague » ? ma mémoire me joue des tours) tandis que Gugu jouait avec le Camper Van Fisher Price presque aussi vieux que moi sur le tapis d’Orient du salon de la maison de mes parents.
Je la regardais en coin, me rappelant les heures passées à nous amuser avec ma soeur avec les petits bonhommes accompagnant le camping car, particulierement nos deux petites figurines préférées que nous avions affectueusement nommées, et ce sans la moindre ironie, Angine et Branchite.
Cela faisait un an que je n’avais pas mis les pieds à Lyon mais après avoir passé un Noel anglais plutot morose (je n’ai finalement pas eu de déodorant mais un shampoing 2 en 1 Dove et un tube de dentifrice « gencives sensibles »), j’ai pris deux billets pour que Gugu et moi passions une semaine en France afin qu’elle puisse connaitre la joie du Baeckeoffe maison de ma mère, des Kango et de glousser dans le dos des filles en manteaux Desigual, dont les motifs ressemblent fortement au vomi que Gugu a fait dans l’avion du retour.
Je vois bien que vous êtes en train de penser que j’ai du abandonner ma fille à mes parents pour pouvoir me livrer à des activités festives, incluant des soirées au Macumba à boire du Malibu ananas dans des verres à cocktail en forme de verge bifurquée flanquée de deux enormes couilles garnies de glaçon pour garder la boisson bien fraîche en me frottant au torse viril d’un strip-teaser appelé Michel, qui vient du 34, trouve Cecile de Menibus bonne et adore danser sur les Blak-aïe-piz.
C’est bien mal me connaitre car je vis une vie de quasi-nonne (le quasi etant que je m’autorise parfois un petit juron à caractère religieux) depuis pratiquement 2 ans et demi et j’ai donc passé mon séjour presque cloitrée dans la confortable maison familiale, à manger du pain (en cachette, car ma mère insiste toujours pour qu’on finisse la vieille baguette moisie avant d’entamer le pain frais et chaud, qui devient donc rassi quand on a enfin droit de l’approcher) et à jouer à servir du thé imaginaire à un nounours borgne et deux poupées scalpées.
J’avais vraiment envie de passer du temps avec Gugu, que je ne vois finalement pas tant que ça (la vie à la mine est difficile et prenante) et de profiter de mes parents, qui ne rajeunissent pas (incroyablement). Ma mère, qui bosse encore 70 heures par semaine, n’est pas le genre Caroline Ingalls avec son tablier et ses innombrables tartes aux pommes et ne rien faire pendant plus de 3 jours est une sorte de miracle pour elle (je la soupconne d’etre hyperactive mais de n’avoir jamais eu de diagnostic).
Cela dit, lorsque ses petites filles sont là, elle aime beaucoup leur lire des livres. La maison regorge de mini-bibliothèques composées de biographies, d’essais, d’oeuvres classiques et il y a bien sur la bibliotheque des enfants (chose que j’ai reproduite chez moi car au moins Gugu ne touche pas à nos bouquins avec ses gros doigts qui collent)(pourquoi est ce que les doigts des enfants collent TOUT LE TEMPS ?).
Gugu en ce moment est totalement obsédée par Petit Ours Brun, c’est un peu son Ron Hubbard à elle, elle ne veut lire que des livres qui parlent de lui et de ses formidables aventures (Petit Ours Brun fait du toboggan, Petit Ours Brun mange une tartiflette, Petit Ours Brun fait un prout).
Il fut donc normal que lorsque ma mère lui proposat de lire un livre, Gugu choisit « Petit Ours Brun se fache avec Maman ». Je dois quand meme preciser que 30 minutes avant, ma mère avait ouvert une bouteille de champagne « comme ça, pour rien juste parce que tu es là».
Ma mère commence donc la lecture et à la troisième page, on apprend la raison du litige entre Petit Ours Brun et sa maman : le petit chenapan a proféré un gros mot !
Et ma mère se retourne vers Gugu, la coupe de champagne à la main et le port de tête à la Patsy Stone, puis lui dit, royale:
« A mon avis, il lui a surement dit : grosse pouffiasse ».
