L’année dernière, le 24 décembre, toute la famille se tenait dans la grande église du village autour du cercueil de ma grand-mère. Vous avouerez qu’on peut pas faire beaucoup plus pourri comme réveillon.Cela dit, cette année, nous resterons sur notre petite île à gros. Le 24 au soir, les Anglais ne passent pas la soirée en famille à se baffrer de foie gras et saumon jusqu’à ce que mort s’ensuive, non, non, ils vont au pub avec des amis où ils boivent des litres de lager au goût de pisse de chat leucemique (notez l’image DROLE mais en meme temps, si tu penses vraiment à un chat leucemique, dans moins d’une minute tu as la larme à l’oeil). Mais nous on est pas des vrais Anglais et on a pas d’amis alors on va rester à la maison devant la cheminée enroulés dans des plaids en ecoutant All I want for Christmas is you (parce que qu’on sera bourrés bien sur, sinon on ecouterait un podcast de 2000 ans d’histoire sur le Jacobinisme).
Mes collègues me demandent si je suis triste de ne pas passer Noel en famille. Au début, je croyais que ça allait probablement me déprimer un peu mais je me suis vite rendue compte que j’allais passer Noel en famille : une petite famille certes, mais une famille quand même. Ce qui me deprime en revanche, c’est que le 25, nous allons chez les parents de A-Boy.
Ca fait quelques mois que la mère de A-Boy me tanne avec les traditions familiales et qu’elle veut absolument mes les imposer alors que moi aussi j’ai des traditions familiales : m’engueuler avec ma soeur le 23, se reconcilier le 24, nous re-engueuler le 26 (le 25 on est trop pleines de bouffe). Se moquer de ma mère qui chaque année nous propose de faire un Noel dietetique et finit par acheter la plus grosse bûche de la patisserie. Lire des vieux Paris-Match près du feu et jeter les emballages des papillottes Revillon dans la cheminée alors que mon père n’arrête pas de nous dire que ça etouffe les flammes (mais rendez vous compte, la poubelle est dans la cuisine, qui est au moins à 6 mètres du salon)(en plus, ça colore les flammes en bleu et vert, ce serait une honte de se priver de ce spectacle dedadent). Somnoler devant un vieux film rediffusé pour la 104ieme fois en bavant un peu de jus de dinde. Decorer le sapin avec un goût defiant toute l’oeuvre de Jeff Koons. Dire « Rhoooooo non » quand ma mère nous propose de sortir le vieux retroprojecteur et de regarder les diapos de notre enfance alors qu’on en a secretement envie.
Chez A-Boy, la tradition c’est de manger de la soupe aux algues le 25, d’ouvrir les cadeaux après le speech de la Reine (qui est à 15h le 25, est ce que vous vous rendez compte comme c’est HORRIBLE de devoir attendre tout ce temps pour ouvrir les cadeaux, surtout quand on a un gosse ?), de recevoir un « stocking filler », c’est à dire une chaussette de Noel remplie de cadeaux nuls comme du deodorant ou de la colle à bois et, nouvelle tradition dont j’ai été avertie hier soir, que Gugu offre un cadeau à leur cher fils (que sa mère va acheter et me donner et je dois faire SEMBLANT que c’est Gugu qui lui offre et qu’elle a bossé chez MacDo tout l’été pour pouvoir lui faire plaisir)(j’espère bien qu’il feindra au moins la surprise).
Evidemment, quand j’ai expliqué comment se passait Noel chez nous à la mère de A-Boy, elle me disait « QUOI ? vous n’avez pas de stocking fillers ? mais qu’est ce que vous devez être MALHEUREUX ! » (c’est vrai quoi, moi, si on m’offre pas du déo à Noel, j’en mets pas), «
Si ça lui plait de croire que son fils est assez crétin pour croire qu’une gamine qui mange ses brocolis avec ses lunettes de soleil est allée à Waterstones lui acheter « The Cambridge Encyclopedia of Language » avec ses économies gagnées en vendant ses crottes de nez, grand bien lui fasse.
Jingle all the way !
