Ah le moment où la mariée vêtue de la robe « Mon chéri » de Pronuptia fait une entrée dramatique sur un morceau de Sigur Ros, les membres de sa famille la regardant, les larmes aux yeux, murmurant combien elle est belle dans sa robe bustier incrustée de petites perles plus scintillantes que les étoiles d’un ciel d’août. Son futur époux la voit s’avancer dans la salle de conférence de l’hotel 3 étoiles dont ils ont loué les services pour la modique somme de £4500, repas pour 64 personnes compris avec 2 verres de vin australien par personne parce que faut pas déconner quand même.Je suis assise au fond avec une Gugu agitée sur les genoux : elle n’est pas contente que je l’ai forcé à mettre ses petites babies en velours bordeaux (H&M, £3.99) achetées pour l’occasion pour aller avec la cravate de papa qui est le témoin alors qu’elle aurait tant préféré pouvoir chausser ses bottes de pluie jaune Aigle achetées au Leclerc de Obernai un jour d’ennui. Elle voudrait aller dans le grand jardin où sont entassés des marrons qu’elle pourrait jeter juste parce que c’est marrant. Au moment où la fameuse question « Si quelqu’un s’oppose à ce mariage, qu’il parle maintenant ou se taise à jamais », Gugu pousse un gros soupir qui romp le silence de plomb. Tout le monde rit de bon coeur ahah les enfants c’est si mignon ahah on dirait des petits chats dans des paniers du calendrier de la Poste.
Pendant le repas, les discours à l’anglaise se succèdent : le Best Man, la Maid of Honour, le père de la mariée, la fille qui a fait les cupcakes. On fait des blagues, des allusions, des private jokes, on dit que les mariés sont parfaits l’un pour l’autre jusqu’au jour où deux enfants, un chien et un emprunt immoblier plus tard, les soit disant ames-soeurs se disputeront la garde d’une Mégane gris métallisé de 18.000 kms au compteur.
Le cul posé sur une chaise inconfortable, moi et mon cynisme suivons distraitement les évènements, sans émotions particulières, sauf peut-être lorsque A-Boy cherche mon regard. Je ne peux pas soutenir le sien très longtemps car je ne peux lui donner le réconfort qu’il cherche. Il veut y croire malgré ce soir où, rentré du Pays de Galles, je lui ai dit que ça ne marchait pas, que ça ne marchait plus. Que nous étions juste des parents, et des bons je crois, mais rien de plus. Cette réalisation m’a brisé le coeur et ce n’est pas à la légère que je le lui en ai fait part. Evidemment, ni l’un ni l’autre ne pouvons nous imaginer sans Gugu et comme notre relation n’est pas chaotique, juste éteinte amoureusement, un statu quo s’est imposé.
Nous avons tout de même pris la décision d’un retour en France, sans vraiment savoir ni où ni comment. Est ce que pour le bien de son enfant, on peut cohabiter sans être ensemble, puisque l’on fonctionne en tant qu’unité familiale ? ou alors chacun prend sa part de verres Ikea, tu sais celui avec les motifs jaune et vert et violet 70’s, et se cherche une moitié de studio à un prix exhorbitant dans un quartier pas trop nul ?
Pour moi, il n’y a pas de règles, pas de marche à suivre. Je préfère prendre les choses comme elles viennent et du moment que je peux continuer à danser avec Gugu dans la cuisine en faisant un carrot cake et en écoutant Bowie, tout ira bien.
Je fais comme si de rien n’était, les gens nous félicitent sur Gugu avec ses yeux bleus et sa crinière blonde et frisée et nous leur sourions poliment en leur racontant ses exploits dont ils se foutent eperdument mais que nous prenons un honnête plaisir à raconter (surtout le coup où elle mange ses brocolis en portant ses lunettes de soleil).
La soirée avance, Gugu est fatiguée et les parents de A-Boy la ramène chez eux, nous laissant profiter de la soirée musicale à venir, même si l’idée de lever la jambe sur Ain’t No Mountain ou Wake Me Up Before You Go GO ne m’enchante guère étant donné les circonstances. Je vais au bar de l’hotel, commande une bière et vais m’installer sur le petit banc du jardin pour fumer tranquillement une cigarette et regarder dans le vide en pensant à des choses tristes (car oui je suis une drama queen mais une drama queen en solitaire).
A-Boy ne tarde pas à me rejoindre et il me dépose sa veste sur les épaules car il fait frais dehors (note : ce n’est pas vrai en fait mais comme dans The Hills, « Some scenes have been created for entertainment purpose only ») (et vous avouerez que c’est bien entertaining le coup de la veste sur les épaules). Le marié, qui est le meilleur ami de A-Boy, sort à son tour dehors et nous voit, il vient vers nous et nous lui réiterons à nouveau nos sincères félicitations. Ignorant notre situation, il dit : « J’ai toujours cru que vous seriez mariés avant nous ! ».
Mais non. Pas avant. Et pas après.
