05/08/10

Schnokeloch

Les vacances d’été, c’est plus ce que c’était. Je me souviens encore des années de lycée/ fac où on avait la légitimité de ne rien foutre pendant 2 mois (le 3ième mois était consacré à bosser à la Fnac en tant que poteau indicateur pour diriger les clients vers les chiottes ou les cds de Lorie alors qu’on avait rêvé parler de Black Flag et des Pixies avec des garçons mystérieux qui nous auraient trouvé trop sexy même dans notre gilet vert et jaune taille 58). Aujourd’hui, ces deux semaines consécutives nous apparaissent comme le Graal : fuir enfin la grisaille, la pluie, le froid (il fait 15 degrés depuis 2 semaines) et les enfants obèses de cette île à la con.


Le seul obstacle qui m’empêche de me rejouir trop vite de ces vacances est l’avion : j’avais réussi à éviter de le prendre jusqu’à là pour rentrer en France sous de vagues pretextes écologiques (« MAIS PRENDRE L’AVION CA TUE LES ARBRES ET LE BUFFLE DU CAP ») mais avec un enfant en bas âge, c’est incontournable et je dois maintenant affronter ma grande appréhension de me retrouver enfermée dans un gros morceau de tôle qui vole et sur lequel je n’ai aucun contrôle (sauf de pouvoir refuser l’horrible sandwich fromage ou rosette offert gracieusement par Air France).


J’ai deja surmonté cette epreuve plusieurs fois depuis la naissance de Gugu, armée de mon Rescue Remedy, et je dois dire que je m’en suis pas mal sortie, même lors de ce voyage où il y a eu tant de turbulences que j’en ai presque arraché mon accoudoir pendant que Gugu dormait comme un gros poulet mort dans mes bras. Mais je reste digne en toutes circonstances : je maintiens un air impassible même si à l’interieur, je ressemble aux contenus de l’estomac de Lindsay Lohan après cinq jours de binge drinking sur la cote d’Azur.


Mais point de cote d’Azur pour nous, fini le temps des rails de coke sur un jet-ski et des bains de Cristal Roederer avec P-Diddy en slip de bain Armani. Non, le paradis pour moi est et a toujours été le petit village alsacien de mes grands- parents. Des vendanges familiales où tous les enfants etaient placés dans les cuves pieds-nus pour ecraser le raisin, aux mardis soirs où ma soeur et moi avions le droit de regarder Dallas, aux jeux absurdes (les barbies-zombies en tête) joués pendant des heures avec mes cousines au dessus de l’atelier de sculpture et de peinture de mon oncle, à la conduite de motoculteur sur les genoux de mon grand-père (on me demande souvent pourquoi je n’ai pas mon permis, mais franchement, après avoir conduit un motoculteur, ce serait comme être obligé de se taper la bibliographie de Marc Levy après avoir lu tout Raymond Carver) le temps passé là-bas a toujours été comme suspendu, comme une parenthèse dans un monde moche qu’on a plus envie de voir.


Mes chers grands-parents reposent maintenant en paix au petit cimetière du village et j’emmenerai Gugu et son petit arrosoir mettre quelques fleurs cueillies sur le chemin sur leurs tombes. Je ne serai pas triste, je penserai aux moments heureux, au sirop de framboise fait maison, à la soupe aux knepfle, à la collection de porte-clefs publicitaires convoité comme un trésor par les petits-enfants, je raconterai à Gugu comme ils etaient des gens formidables et que meme si elle ne les a jamais connu, un peu de leur âme continue à vivre à travers elle.


Rien ne me fera regretter le slip de P-Diddy.