13/07/10

Stop telephoning me

Le bonheur a toujours un arrière-goût de mélancolie. Sans doute parce qu’on sait qu’il est éphémère.

Je passe beaucoup de temps dans mon jardin avec mes renards. Gugu joue dans son bac à sable, ses fesses potelées calées dans sa grosse couche, elle sent les jours d’été avec sa crème SPF 50 et ressemble à un de ces enfants joufflus promouvant les bénéfices d’un quelconque savon des années 50. De ma chaise Ikea en metal rouge, je ne vois que son chapeau vichy qui bouge d’un coté à l’autre et imagine sa petite langue sortie sur ses lèvres, s’appliquant avec une maladresse toute relative à remplir le petit seau en plastique jaune du sable en promo que Papa a du se trainer de chez Argos un jour de chaleur.


Oui car maintenant nous habitons en haut de la coline avec la middle-class, juste en bordure des bois, là où il y a la jolie ecole en briques. Les voisins ne sont plus des étudiants chinois dont la pop nippone traverse chaque pore du mur de la maison victorienne, ni un jeune couple dont le rituel etrange consiste à baiser à heure fixe en faisant largement profiter leur auditoire contraint.


Nous avons rejoint des gens qui nous ressemblent en nous disant que vraiment on ne leur ressemble pas. La bébé d’à coté crie plus que le notre mais ça ne nous derange pas. On se sent moins seul lorsqu’à 6 heures du matin on entend à travers le mur les mugs du petit déjeuner qui s’entrechoquent pendant qu’on feint de divertir Gugu, fraiche et pimpante, avec un poulet mecanique qui saute sur la table pendant qu’on essaye misérablement de ne pas se rendormir dans l’odeur du café cheap et de l’haleine matinale fétide.


Gugu lève la tête pour verifier que je suis toujours là et elle se dandine en me souriant au son de la musique qui sort du iPig. Certes, ce n’est ni Baa Baa Black Sheep ni Le Grand Cerf mais Gugu se delecte de voir que Maman danse un peu aussi pour l’accompagner. Puis elle se souvient qu’elle etait en plein milieu d’une opération extrèmement délicate qui consitait à remplir le petit bus Fisher Price rouge de sable et se le renverser sur la tête alors elle laisse Maman continuer à chanter bêtement pendant qu’elle découvre les lois de la gravité et le goût des grains qui crissent sous ses dents.


De temps à autre, un des renards, qui habituellement restent confinés sur la petite plateforme en bois en notre présence, s’aventure sur la pelouse et s’allonge pour profiter lui aussi des rayons de soleil. Gugu le pointe du doigt en disant Miaoum, probablement confuse par le fait que le chat Gordon ait le même pelage roux que nos goupils . Sous mon Fedora de paille, je pense que je suis mieux ici que dans mon stupide open-plan qui me sert de bureau où je subis malgré moi les discussions ennuyeuses sur le football local ou les blagues douteuses basées sur les organes reproductifs féminins.


Le téléphone sonne mais je ne répond pas. Je suis bien trop occupée à ne rien faire.