20/07/10

My own kind of hat

Merle Haggard par Adrian Tomine

L’atmosphère est lourde comme une blague de Patrick Sébastien et je tente tant bien que mal de garder les yeux ouverts et de trouver des idées d’articles pour la e-newsletter dont j’ai la charge. En general, je choisis des sujets qui me font voyager un peu, ne serait-ce que pour aller passer une journée à Manchester ou au Pays de Galles, le plus loin possible d’ici, sans contraintes ou presque que celui d’aller d’un point A à un point B et de ramener un quelconque sujet que les employés ne liront pas. Aujourd’hui je suis en pleine phase de recherche, j’envoie des mails et je passe des coups de fil, je bois 100 thés infects et tiédasses crachés de la machine et observe les oeillades lancées par ma collègue à son amant Gavin, celui qui est un peu gros et qui avait mis un drapeau de l’Angleterre à sa fenêtre pendant la coupe du monde.

Je ne travaille certainement pas par choix. Si je reconnais que je serais probablement une mère au foyer pitoyable, croyez moi que si l’argent coulait à flot, je serai plus qu’heureuse de ne pas me lever tous les matins pour venir me coller devant cet écran stupide et aveuglant. Mon attitude avec le boulot est la même qu’avec les endroits où je vis : je me lasse tellement vite que je trépigne constamment de passer à autre chose. En 4 ans passés ici, nous avons déménagé 4 fois et j’ai changé 3 fois de boulot. Je sais que c’est un écran de fumée pour me donner l’impression que je bouge, la stagnation me déprime autant qu’une compile de Starbucks et la pub de l’iPad réunies.


Est-ce pour ça que je suis obsédée par les documentaires sur la Country et l’Americana ? je n’en ai pas raté un seul lorsque la BBC4 a diffusé sa saison spéciale. Je chante du Merle Haggard et du Tammy Wynette à Gugu comme des berceuses mélancoliques avec un accent pseudo redneck qui me fait surement paraitre comme un félin mélomane à en croire par les Miaoum qu’elle me lance entre deux refrains.


Cette obsession des racines et de l’appartenance à une terre, de l’abandon et des amours passionnels et déchus résonne en moi de manière irrationnelle, mes propres sentiments transcendés par la force des paroles et la vie de ceux qui les ont chanté. C’est pour cela que je n’aime que les vieilles maisons, les vieux meubles, les objets qui ont eu une vie avant de m’atterir entre les mains : j’ai peur du vide et du creux de la nouveauté et de la modernité, les lignes droites et le minimalisme me renvoient à une froideur dont on fait les hopitaux.


Partir et emporter avec soi ce qui compte, aussi immatériel que cela puisse être.


Cowboys and outlaws, right guys and southpaws,

Good dogs and all kinds of cats

Dirt roads and white lines and all kinds of stop signs,

But I stand right here and where I’m at

‘Cause I wear my own kind of hat.