
Les jours passent. Puis les mois, presque les années. Sans écriture, pas de fixation dans le temps, les évènements restent des souvenirs flous et incertains tandis que les jours sans noms se succèdent inévitablement et s'évanouissent dans une profonde indifférence. On oublie de prendre la photo d'un journée de soleil passée au parc avec Bébé. On voudrait oublier le jour de Noel passé au cimetière. Parfois on s'arrête et on pense à tout ce qu'il reste à faire, on se fait des listes mentales qu'on ne finit pas car il faut changer une couche, aller dans un meeting, répondre au téléphone, se laver les cheveux, manger, dormir, baiser.
Bébé sourit. Bébé pleure. Bébé dit Miaoum, met ses premières chaussures. Fait son premier pas. Dit Maman, dit Papa, dit Nose, Ear, Eye, Sit Down, Good Girl. Bébé fait un bisou mouillé. Mange tout seul ses pâtes. Bébé dit non.
Le soleil brille, il pleut, on a oublié de payer une facture, on a oublié d'être un couple, on part en week end, on laisse bébé, les larmes aux yeux, et on se souvient comment c'etait avant en buvant une bière, puis deux. On s'enivre, on rentre tres tard, on ne rentre pas.
Les jours sont regimentés, compartimentés, organisés. On vit comme les renards du jardin, comme un clan avec ses règles que personne d'autre ne comprendrait. On regarde les autres, on se compare un peu mais pas trop. Les amis se separent, se reproduisent. On suit sa famille de loin parce qu'on est loin. On achète des livres qu'on ne lit pas, on parle d'aller voir des expos/films/spectacle où on ne se rendra pas.
On est heureux. Parfois.
