05/02/09

Sur le quai

21 décembre, gare de New Street, 7h45.

Il fait gris et froid dehors. Le quai 4b est abrité par une grande tôle noircie par les convois qui passent depuis des années. Des gouttes de pluie passent à travers les panneaux et viennent s'écraser sur les rails fumants et le béton des plateformes d'attente.

Il n'y a pas grand monde qui attend le train pour Londres ce matin là. Après tout, c'est dimanche, il y a mieux à faire: dormir, lire le journal, manger un sunday roast, regarder des dvds ou un téléfilm pourri en pyjama, voir des amis et parler de la cuite qu'on s'est pris la veille.

Nous avançons en bout de quai, car je veux monter dans le wagon "quiet" bien que je sache pertinemment qu'il ne l'est jamais vraiment. Toyboy porte mon sac, il est encore fatigué, je peux le voir dans ses yeux.

Nous nous asseyons sur un banc en bois loin des quelques autres passagers. Je me blottis dans ses bras car des vagues de vent glacé s'engouffrent dans mon manteau. Et un peu aussi parce que je ne vais pas le voir pendant un moment et que je veux profiter de sa chaleur encore un peu.
Toyboy regarde autour de lui. Il me dit:

"Ce n'est pas le plus bel endroit du monde hein?
- Non. Et en plus ça pue."

Il tourne sa tête, puis tout son corps vers moi. Il me regarde et rougit un peu mais je pense que c'est à cause du froid.

"Tu veux bien te marier avec moi?"

Je souris.

"J'y ai pensé toute la nuit, je n'en ai pas dormi. Je n'osais pas. Je veux qu'on soit ensemble toute notre vie."

Je l'enlace et le serre contre moi, et toujours en lui souriant, je lui dis "oui, bien sur". Je suis surprise, parce qu'il n'en a jamais été question et que c'était pas notre truc de toutes façons. Je suis contente, pas par rêve de robe blanche meringuée et de lachers de colombes mais parce que je sais ce que ça veut dire pour lui. Je sais que ce sera de notre manière à nous d'espérer naïvement que nous resterons toujours unis.

Nous restons un moment immobile, puis une voix féminine annonce l'entrée du train en gare.

"Au fait, je ne t'ai pas acheté de bague parce que je sais que tu n'aimes pas ça, mais j'ai vu une chouette lampe chez Habitat. Et je t'ai acheté un muffin pour le voyage."

Je suis montée dans le wagon "quiet" et ai regardé la silhouette de Toyboy par la fenêtre s'éloigner tout doucement.

On dira et pensera qu'on voudra, mais ce jour-là, rien ne m'a paru plus beau que cette demande dans une gare austère à l'odeur âcre avec la promesse d'une lampe de fiancailles en signe d'engagement et un gâteau à la myrtille un peu écrasé pour me rappeler que quelqu'un quelque part m'aimait vraiment.