04/02/09

Dernière ligne presque droite

Troisième jour bloquée chez moi à cause de la neige. Non, ce n'est pas que dix mètres de neige obstruent ma porte d'entrée mais vu que je marche avec l'équilibre d'un bambi bourré, j'ai réuni mon cabinet et nous avons décidé que rester en pyjama et manger des mini-rolls était la meilleure politique à l'heure actuelle.

J'ai quand même du me rendre chez le médecin hier (mes ministres n'étaient pas très contents mais je leur ai montré qui était le chef), ce qui m'a pris vingt minutes aller et quinze retour (j'avais le vent dans le dos), sachant qu'en temps normal, j'aurais atteint mon but en moins de cinq minutes. Bon, d'accord, pas de quoi en faire un volume du Lonely Planet mais c'est le genre d'aventures qui anime mes journées en ce moment.

Plus que 42 jours avant ma date prévue d'accouchement et j'ai du mal à penser à autre chose qu'à ça, comme si en plus de s'être accaparé mon corps, ma fille avait aussi la main mise sur mon esprit. C'est très difficile de se projeter dans le futur parce que je sais que tout va changer mais je ne sais pas comment. Je me berce encore de douces illusions, comme par exemple qu'elle sera aussi calme que son père ou qu'elle ne fera que des cacas qui sentent le basilic (oui j'aime bien cette odeur alors je peux imaginer ce que je veux). Mais la vérité c'est que je n'ai aucune idée de ce que ma vie sera et les gens autour de moi peuvent bien me raconter toute leur expérience du monde, ça ne change rien à ma perspective.

Toyboy a bien fait comprendre à sa mère qu'il fallait qu'elle arrête de faire des commentaires sur mes/nos choix ("QUOI? le bébé ne va pas dormir dans votre chambre?mais tu sais qu'il a plus de chances de mourir si il dort seul????" ou encore "N'achète pas de choses roses, je n'aime pas le rose") parce que franchement ça me gonfle. Comme mon père me l'a justement fait remarquer, l'enfer est pavé de bonnes intentions. La mère de Toyboy est une femme très gentille, mais trop gentille.

J'ai toujours l'impression d'être une gamine quand elle me parle, genre je sais rien, j'ai rien vécu. J'ai beau essayer de lui faire comprendre qu'à 32 ans, je peux très bien m'occuper de moi-même, elle ne peux pas s'empêcher de nous ramener du thé ou du papier cul à chaque fois qu'elle va à Sainsbury's. Du coup, l'autre jour j'ai compté qu'on avait 5 boites de 80 sachets de thé à la maison (en sachant qu'il n'y a que Toyboy qui en boit) et 42 rouleaux de papier toilette. Je pense qu'on va bientot devoir ajouter une extension à la maison rien que pour pouvoir y stocker ce bordel.

En même temps je me sens mal de bitcher comme ça sur elle parce qu'elle a toujours été très accueillante avec moi mais je crois que c'est son coté bouddhiste occidentale qui m'énerve. Ca me fait juste vraiment grincer des dents. Sur un chèque qu'elle a donné à Toyboy l'autre jour, elle avait écrit derrière "For every £1 spent, may £1000 come straight back to me with love for the highest good of all concerned". Qu'est ce que t'as besoin d'écrire ça sur un pauvre chèque pourri de la Natwest franchement?

Enfin, Toyboy me dit tout le temps que de toutes façons, sa mère est folle. Le truc c'est qu'elle s'est aussi mis à dos le mec de la soeur de Toyboy mais qu'elle n'arrive pas à comprendre pourquoi, parce qu'en effet, elle n'a rien fait pour lui nuire, mais moi je vois très bien le problème. On pourrait me dire que je suis une sale cynique qui rejette ce positivisme effrené et je ne pourrais pas m'en défendre probablement. Le pire c'est qu'avec elle, j'adopte la même attitude qu'avec mes parents, celle de la gentille fille qui dit rien. C'est juste un role dans lequel je me retranche pour ne decevoir personne mais ce n'est pas moi, loin de là.

Bon sauf que depuis que je suis enceinte, ça a un peu changé, j'ai acquis une espèce de force qui me permet de dire merde. Comme à Noel où ma grand-mère, avec qui j'ai toujours essayé d'être tolérante et conciliante, m'a d'abord sorti que j'étais à la date limite de peremption pour faire un enfant et a ensuite dit en présence de ma nièce de 4 ans qui lui montrait une photo d'elle et de sa petite copine japonaise "Mais c'est qui cette chinetoque?". Là je me suis carrément emportée et je l'ai ignorée pendant tout le reste de mon séjour. Mon père ne m'en a pas voulu. Ma mère rigolait dans sa barbe (elle la deteste). Et moi ça m'a libéré de toutes ces années où je l'ai entendue déblatérer des conneries sur les "noirs et les arabes".

J'ai passé beaucoup trop de temps dans ma vie à douter de moi, de mes capacités. Je me suis trompée de chemin, j'ai été dans des relations minables parce que je ne m'estimais pas assez bien pour autre chose. J'ai connu des gens biens à qui j'ai fait du mal simplement parce que je le pouvais. Je ne peux que regarder en arrière et constater en espérant ne pas reproduire les mêmes erreurs.

Et si je ne sais pas ce que demain sera, je me dis que dans 42 jours, quelqu'un me regardera et prendra peut être exemple sur moi, alors je me dois au moins de ne pas me mentir à moi-même et assumer ce que je suis sans que j'ai besoin d'être rassurée constamment.

C'est en tout cas ce que me conseillent mes ministres.