Oui enfin c'est pas pour dire mais l'autre jour il y avait un renard dans mon jardin.Moi j'étais tranquillement en train de faire quelque chose de très constructif dans le salon (mettre une étagère ou planter un clou parce que je suis pas du tout le genre à manger des Maryland cookies à 9h du mat avachie sur le canapé sous une moche couverture rouge polaire Ikea) tandis que Toyboy étudiait studieusement les offres d'emploi du jour (et ne jouait pas du tout à Left For Dead 4 en mangeant l'autre paquet de cookies qu'on avait eu gratuit avec celui que je n'étais pas en train de manger dans le salon) quand soudain il m'a dit "hey viens voir!". J'accourus (enfin pas vraiment parce qu'il était dans la pièce d'à coté mais c'est pour la forme) et Toyboy pointa le doigt vers la fenêtre qui donne dans notre parc (qui est plutot un jardin mais bon merde ça va hein j'écris ce que je veux).
Et là, au milieu de l'herbe fraichement enneigée, il y avait un chouette renard. Je veux dire bon on habite pas du tout à la campagne. Il y a juste un bois près de chez nous et le renard avait visiblement faim et s'était dit que bon ces gros anglais allaient bien lui filer un petit quelque chose et que si non il mangerait un de leurs enfants gras. Heureusement que j'étais pas dehors parce que le renard m'aurait confondu avec une grosse anglaise alors qu'en fait je suis enceinte de 6 mois mais va essayer d'expliquer ça à un renard.
Ca nous faisait de la peine de voir ce renard qui avait faim mais on savait bien que si on était sorti, il aurait pris peur et se serait enfui et ça nous aurait gaché le plaisir égoïste qu'on prenait à l'observer. En plus, pas de chance pour le renard de tomber dans le jardin d'un végétarien. Toyboy a bien pensé à lui jeter une courgette mais tu parles, le renard il aurait bien rigolé et il serait venu frapper à notre porte en nous demandant si on le prendrait pas un peu pour un con.
Puis après une dizaine de minutes de recherches infructueuses, l'animal est reparti en quête de nourriture dans un des jardins voisins et nous on est resté comme des nouilles et on est retourné à nos activités physiques et intellectuelles respectives.
En ce moment, je suis en arrêt de travail depuis 1 semaine et demi et encore pour la même durée. Avec les propositions de départs volontaires et la revue annuelle des employés dans ma boite, le moment est plutot mal venu mais bon j'ai pas exactement choisi. Je vais pas rentrer dans les détails mais le problème que j'ai eu n'est heureusement pas grave, en revanche, très douloureux. D'après le médecin qui m'a pris en charge, c'est la douleur la plus forte après l'accouchement et les calculs rénaux. Donc disons que maintenant je sais que je vais mourir en couches.
J'ai donc passé quelques jours dans un charmant hopital. La première journée, je l'ai passé allongée sur un lit sans oreiller ni couvertures dans un service intermédiaire à me tordre de douleur, sans boire ni manger jusqu'à 18h car je devais être opérée. En plus Toyboy n'était même pas au courant car il bossait et je n'arrivais pas à le joindre. Ensuite, le chirurgien a décidé que c'était trop risqué de me faire une anesthésie, donc une opération et j'ai été envoyé dans un service quelconque (en gros, là où il y avait un lit libre) partager la chambre de trois mémés cancéreuses et une alcoolique en cure de desintox.
A peine installée sur le lit, la pièce a soudain commencé à tourner et je me suis évanouie. Quand je suis revenue à moi, j'avais une chouette perf dans le bras (mais en fait ce que j'avais envie de leur dire c'est que j'avais plutot besoin d'un repas et d'un verre d'eau). J'ai gardé la perf pendant tout mon séjour, ce qui s'est révélé très chiant pour aller pisser (vu que j'y vais toutes les demi-heures) et pour se changer. Je n'ai jamais été aussi contente de voir Toyboy, prévenu in extremis pour la dernière heure de visite de la journée, qui m'avait ramené des affaires de rechange, de toilette, de la lecture et à manger.
Evidemment, j'étais la seule femme enceinte du service et bien que les moyens des hopitaux publics soient très limités, le personnel a été super avec moi. Il y avait même un jeune type probablement d'origine sud-américaine qui me refilait des desserts en plus en douce au moment des repas. Je n'avais pas vraiment le coeur de lui dire que je n'en voulais pas parce que franchement c'était pas très bon du tout alors je me suis retrouvée avec au moins 4 desserts planqués dans mon sac quand je suis rentrée à la maison. J'ai bien essayé de les refiler à Toyboy mais ça n'a pas trop marché (par contre le prochain renard de passage aura une chouette surprise).
Les mamies cancéreuses étaient également très gentilles avec moi, me prêtant leurs cartes de télé ou venant s'asseoir à mes cotés pour me faire la conversation. Quand à la femme en desintox, elle a abandonné après 2 jours à vomir et délirer et je me suis dit en la regardant partir que malgré ma douleur physique, j'étais celle de la chambre qui souffrait le moins.
Bon alors je suis à la maison et je tente de m'occuper. Je ne peux pas vraiment faire grand chose mais je ne me plains pas. Je lis l'autobiographie de John Peel, j'écoute le dernier Kings of Leon (suis-je dejà une mauvaise mère pour faire écouter une chanson qui s'appelle Sex On Fire à ma fille?), je regarde des épisodes de IT Crowd et Flight of the Conchords. Je cuisine un peu. Je guette les écureuils. Je mange des Hobnobs.
Dans un peu plus de 2 semaines, je rentrerai en France pour passer Noel et le nouvel an en famille. Je suis bien contente même si Toyboy va me manquer (il doit rester ici pour travailler). C'est terrible mais j'ai envie d'être collée à lui comme une sangsue en ce moment alors que c'est vraiment pas dans mes habitudes. Mais bon, là, c'est différent, j'attends notre enfant et ca a créé un espèce de truc entre nous qui est indiscible pour les autres mais nous, on sait. C'est étrange.
Je redoute un peu le voyage en Eurostar/TGV car il va être assez long, je serai seule, enceinte de presque 7 mois, et la période de Noel est pas idéale pour voyager car évidemment très chargée. La dernière fois que j'ai voyagé il y a un mois, j'ai constaté l'infect comportement des autres voyageurs qui voyaient bien que j'avais du mal avec mon bagage et qui m'ont bien laissé faire la queue pendant 30 minutes au check-in. De plus, la douane m'a fait vider entièrement mon sac car ils pensaient que j'avais caché de la drogue dans le nounours que je ramenais à ma nièce. Bon, c'est pas pour dire que j'ai tous les droits parce que je suis enceinte mais je sais pas, je suis peut-être vieux jeu mais pour moi c'est une règle élémentaire de politesse. Et celui qui me dit que j'ai qu'à pas voyager, je l'emmerde.
Poliment.
