15/10/08

Charité bien ordonnée commence par soi-même


Mes problèmes de dos se sont en fait révélés beaucoup plus ennuyeux que prévu. Lundi matin, j'ai tenu 1h30 au boulot puis j'ai du rentrer chez moi tellement j'avais mal. Depuis 2 jours, je suis donc condamnée à être allongée comme une vieille crêpe et sagement attendre que ça passe.

Malheureusement ça ne passe pas du tout, me tenant même éveillée la nuit. Hier je suis donc allée consulter ma doctoresse adorée que j'aime pas trop. Je savais à l'avance qu'elle serait inutile mais elle a quand même réussi à dépasser toutes mes espérances en me prescrivant du paracétamol, alors que je lui ai répété que ça ne marchait pas, en me disant de boire du lait (véridique) et en me soutenant que mon mal de dos n'avait rien à voir avec ma grossesse. Et bien sûr, elle a réussi à me faire passer pour une grosse feignasse quand je lui ai demandé un arrêt de travail pour quelques jours. C'est vrai que c'est tellement génial d'avoir l'impression que des nains te massacrent les os à l'intérieur de ton corps et de n'être capable que de se taper des rediffs de 1996 du Jeremy Kyle show toute la journée.

La kiné a été plus compréhensive, sans doute parce qu'elle, elle m'a écouté. Je lui ai raconté mon accident du travail d'il y a 6 ans et elle m'a confirmé qu'en effet, mon problème était revenu à cause de ma grossesse. La solution pour le moment est d'acheter une ceinture spéciale pour soutenir le haut de mon corps et faire le boulot que mes grosses tanches de muscles sont in capables de faire en ce moment. Tu parles d'assistés.

Donc en attendant mon paquet, qui devrait arriver aujourd'hui, je fais rien. Hier j'avais vraiment pas un super moral et j'étais vraiment frustrée de ne pas trouver le réconfort que je cherchais, j'ai passé la plupart de la journée à pleurer sans savoir pourquoi et je suis allée me coucher super tot parce que je savais pas quoi faire d'autre.

Le truc chiant quand tu restes à la maison, c'est que c'est le moment où les associations caritatives passent pour récolter de l'argent auprès des vieux, des chomeurs et de moi. Evidemment, ce sont de pauvres étudiants payés à la commission qui font ce boulot de porte à porte et en s'adressant à des personnes émotionnellement vulnérables, on leur a très bien appris à pousser les bons boutons pour faire craquer leur interlocuteur.

Je n'ai jamais été autant sollicitée par des associations que depuis que je suis ici. Il y en a pour vraiment tout et n'importe quoi, même des fois tu crois que c'est une blague tellement leurs causes sont spécifiques, comme par exemple le fond pour les lévriers en retraite ou encore l'association pour Chinois avec problèmes de santé mentale (je jure que les deux existent).

Je suis super nulle pour dire non à ce genre de trucs alors que bon franchement, ce n'est pas exactement dans mes priorités de sauver un âne en détresse en Sierra Leone ou de contribuer au soutien du club des chiffres et des lettres en jungle amazonienne. Malgré tout, je suis une proie vraiment trop facile. J'arrive quand même à dire non parfois mais mon éducation judéo-chrétienne me pousse à écouter poliment et avec culpabilité le discours tout préparé des démarcheurs. Le pire c'est quand ils te sortent (en fait j'ai compris maintenant qu'ils le font tous, avant je croyais vraiment que c'était vrai) que TOUS tes voisins formidables ont donné et que quand même tu voudrais pas être la seule conne dans le quartier à ne pas vouloir aider la pauvre Emily qui est dyslexique et n'a qu'une jambe (en bois, photo à l'appui).

Donc hier, plutot que de me laisser avoir, je me cachais à chaque fois que la sonnette de la porte retentissait. Allez, franchement, avouez qu'on l'a tous fait, au moins pour éviter une discussion inutile avec des born again christians que tu fais semblant d'écouter alors qu'en fait tu te dis que le type de droite a vraiment une coupe de cheveux affreuse et que c'est bien un signe de la non-existence de Dieu.

Une fois Toyboy rentré, quelqu'un a frappé à la porte. La lumière du salon était allumée, donc impossible de se planquer discrètement. J'ai donc supplié Toyboy d'ouvrir parce que vraiment je me sentais pas le courage de m'engager encore une fois dans une crise de conscience infernale. Je préférais que ce soit lui.

Sur le pas de la porte, un type sourit, il porte un coupe-vent qui dit "Dogs trust" et tend devant lui une photo d'adorables chiots à trois pattes. Il dit bonsoir à Toyboy et avec ses yeux plein de compassion, se présente en lui expliquant que son association s'occupe de recueillir de pauvres chiens mutilés et traumatisés abandonnés par leurs cruels propriétaires.

Puis il dit à Toyboy:

"Comme tout le monde, vous aimez les chiens?

Et Toyboy, avec une expression complètement passive, lui répond:

"Non."

L'étudiant a eu un moment de flottement, ne sachant plus quoi dire, et puis pris de cours, il a bafouillé ah euh, bon, au revoir et s'est en allé frapper à d'autres portes dans la fraicheur du soir.