Vendredi 22/06:
Demi-journée de boulot, passé ma matinée à former un jeune mec de 19 ans, destiné à me remplacer quand j'aurais quitté mon boulot. Je lui transmet tout mon savoir et il boit chacune de mes paroles. J'ai l'impression d'être sa mère et de lui apprendre à faire une lessive à 40 degrés parce que bon merde il va pas me ramener ses vieux slips sales à chaque fois qu'il rentre pour le week-end non. Et puis c'est quoi ces manières de se lever à 14h et de pas venir m'aider faire les courses à Champion, surtout que c'est pour lui ramener ses 12 paquets de Barilla et ses 6 boites Petits Ecoliers. Ingrat.
Evidemment, la meilleure partie du boulot c'est quand même de toucher un bonus gros comme le PNB de ta soeur à la fin de l'année mais ça je peux pas trop lui dire parce qu'on bosse en open-space et que c'est super secret. A 19 ans, je me dis que ce sera pas négligeable pour lui et qu'il pourra peut-être rentrer dans la folle aventure de l'emprunt à taux d'intêret de 6% ou du plan épargne logement. Youpi.
A 12h32, je pars du bureau et je me rend à mon rendez-vous avec la psychologue. Oui, oui, j'ai bien dit la psychologue. C'est mon médecin qui m'a envoyé la voir après que mes crises de panique soient revenues juste après notre voyage en Irlande. Dont une qui a fini à l'hopital donc, bon je me suis dit, pourquoi pas?
Le rendez-vous chez le médecin en Angleterre est très rapide, 5 minutes en moyenne. Si tu as un rhume, c'est suffisant. Pour une dépression, moins.
Il m'a demandé ce qui n'allait pas et je lui ai expliqué le coup des crises d'angoisses et il m'a dit qu'il allait me donner des beta-bloquant pour m'aider à réguler mon rythme cardiaque. J'ai dit ok et mon rythme cardiaque s'est régulé et je n'ai plus fait de crises. Mais après, c'est mon cerveau qui s'est dérégulé et je me suis sentie lentement, mais surement, basculer dans la déprime.
Alors je suis retournée le voir et il m'a dit qu'il allait m'envoyer voir un "Counsellor" pour me réguler la tête. Alors j'ai dit ok et j'ai attendu 2 mois qu'on m'appelle. Comme je me sentais vraiment pas très bien, j'ai décidé que je n'allais pas me laisser abattre et que surtout je n'allais pas tomber dans le piège des antidepresseurs et je suis allée voir un acupuncteur, sans vraie conviction, mais bon pourquoi pas.
L'acupuncteur était très chouette et il m'a bien aidé, je sais pas trop comment mais le résultat est là. Tant mieux. Ca fait même pas mal et des fois tu es super relaxé et tu rigoles sans savoir pourquoi.
2 mois après donc, je reçois un coup de fil pour mon 1er rendez-vous avec une psychologue. Je me suis dit ben dis donc, je l'avais presque oublié celle-là, et puis je me suis dit que probablement ça ne me ferait pas de mal.
Et voilà pourquoi les vendredis après-midi je vais voir cette très gentille dame qui me pose plein de questions et m'écoute comme si ça l'interessait qu'à 5 ans j'ai fugué de mon école parce que je n'aimais pas la maitresse ou qu'à 3 ans, un garçon de Melun avait fait caca sur mon vélo tout neuf.
Je dois dire que malgré mon scepticisme, j'ai appris 2-3 choses sur moi que je ne soupçonnais pas vraiment:
- je suis une anxieuse finie
- j'ai une estime de moi-même assez basse
- je pleure tellement dans les scéances que la dame a acheté une boite de mouchoirs spécialement pour moi qui m'attend à coté de ma chaise. Genre si je pleure pas, la dame et la boite sont déçues.
Celà dit, c'est très bien de pleurer à ces moments là, ça libère beaucoup et puis la dame est là pour ça. Mais elle n'est pas là que pour ça. Elle me pousse à avancer, à réfléchir, et de ce fait, j'ai décidé de démissionner, de déménager et de reprendre ce journal. Merçi Madame.
Après cette scéance, j'ai rejoint Maya en ville (mais d'abord je suis passé chez moi parce que pleurer c'est bien gentil mais dans ces quantités là, même le mascara waterproof démissionne) et on s'est balladé, on a bu un Frappucino au Starbucks de Borders, celui qui a une grande baie vitrée qui donne une vue la cathédrale et les usines de Digbeth, et on est allé chez elle pour la soirée parce qu'on avait pas envie de sortir après une désastreuse soirée la semaine passée (un bar horrible avec des gens tout pourris et de la musique innommable).
Avec Maya, notre truc c'est la cuisine. On a la "cuisine-passion" (oui apparemment pour certaines personnes, c'est trop compliqué de dire "J'ai la passion pour la cuisine"), on se prépare de supers banquets pour deux au pays du takeaway. Donc vendredi soir, on a fait des minis bruschettas, des mini-pizzas et une salade de poivrons marinées avec des crevettes, le tout arrosé de bière blanche.
Tout en mangeant, nous avons vu "How to look good naked" et "Katie & Peter: The Next Chapter" . Ca ne dit rien à mes lecteurs ne résidant pas en Angleterre, mais en gros, la 1ere émission, c'est un mec qui dit à des femmes qui savent pas s'habiller que si en fait hop avec une jupe à fleurs et une paire de Louboutin elles ressemblent à Kylie Minogue (si elle faisait 150 kilos).
La 2ieme, c'est la vie passionnante du couple Katie (plus connue sous le nom de Jordan), un "Glamour Model"- nota bene: ici, Glamour se traduit par "A montré ses seins en page 3 du Sun"-reconvertie dans l'écriture (enfin, elle met son nom sur les bouquins du moins) de livres pour enfants sur des poneys roses, et Peter André, le chanteur à 2 balles des 90's qui chantait"Mysterious Girl" en exhibant son carré et ses pecs huilés dans un clip sur une plage pseudo- jamaïcaine (celle à coté du Grau-du-Roi). Disons que ce serait comme regarder une émission sur des caniches nains lobotomisés.
Et dire qu'il y a des cons pour suivre ça. Pfff.
Erm.
Heureusement, en rentrant, j'ai lu un chouette article sur Guy Debord.
Samedi 21/06:
Premier jour de l'été. Comme Dieu n'aime pas Birmingham (en 1986, on lui avait servi un mauvais curry et le matelas de son lit au Premier Inn était trop dur), il a décidé de lui envoyer une pluie torrentielle sans accalmies (il avait pensé à une tornade d'abord, mais malheureusement, il a déjà utilisé son quota pour l'année).
Moi qui avait prévu plein de trucs supers, j'ai du me résoudre à manger bêtement des crumpets au nutella en lisant le Guardian au lit et à râler sur ce putain de pays de merde. Sur une note plus positive, j'ai également mis mon cv à jour. Bon d'accord, je l'ai fait en pyjama en mangeant des Maryland cookies mais je l'ai fait.
Bon, en gros, j'ai vraiment rien foutu hier mais c'est la faute de Dieu.
Dimanche 22/06:
Réveil matinal, ce qui est normal vu mon taux d'activité intense d'hier. Pas de pluie mais beaucoup de vent, ce qui est catastrophique pour mon rhume des foins.
Aucune idée de ce que je vais bien pouvoir faire aujourd'hui. Probablement des choses "utiles" mais dénuées de toute excitation. Courses, lessives, chercher un boulot, regarder le prix des maisons à Brighton. Mmm.
Ou pas.

