Après-midi calme, j’ai refilé tout mon boulot au type que je forme. Le ciel est gris, comme d’habitude, et je regarde les nuages former de grosses boules de coton sur lesquelles on a envie de saigner du nez. La seule couleur vive est celle des arbres qui bordent la voie ferrée et les gilets de sécurité jaunes des travailleurs du rail qui passent de temps à autre et qui nous regardent tels des poissons exotiques dans un aquarium.Elle passe avec ses gâteaux trop gras que je regarde avec envie et dégoût, m’en propose un mais je refuse, jetant un œil discret aux grosses cuisses de mes collègues aplaties sur les sièges des fauteuils de bureau à roulettes, la toile de leurs pantalons épousant les contours de chaque bourrelets et de leur peau d’orange.
Je reçois une photo et je me dis que même si elle est nulle, je préfèrerais quand même être là-bas que d’avoir à subir la médiocrité de cet endroit. On a pris le livre sur ma table et on l’a regardé comme si c’était un objet non identifié. Je n’ai rien dit.
Je parcours quelques pages du web, machinalement, il y en a un où des filles envoient fièrement des photos de ce qu’elles portent pour la journée et d’autres les commentent en disant oh lala qu’est ce que tu es jolie, où as-tu eu cette merveille, tiens tu devrais plutôt mettre comme ça, ce serait beaucoup mieux, elles s’imaginent en Carrie Bradshaw avec leurs copines et elles commandent des Cosmo dans les bars, elles revendiquent le droit à la superficialité mais crois moi tu ne seras pas plus heureuse avec ta jolie robe longue fleurie tendance été 2008, tu peux poster ta photo tous les jours avec ta tête coupée pour qu’on ne te reconnaisse pas, tout ce que tu veux c’est qu’on t’aime, qu’on te dise combien tu es belle.
Mais ce n’est pas grave, ce n’est qu’une robe, ce n’est qu’un autre jour à remplir de photos inutiles et de nuages sanglants à regarder.
