19/07/11
Save as draft
07/03/11
We are family.
03/03/11
About a girl
J’étais depressive, tout sentiment neutralisé par les petites pilules supposées du bonheur, je passais des heures dans mon lit à ne vouloir rien, à être vide, à pleurer par habitude, pour me débarasser de tout ce dont je ne pouvais pas parler. La nuit, je m’accrochais à mon lit pour ne pas me jeter par la fenetre. J’ai vécu comme ça bien plus longtemps que mon entourage ne le pense, jusqu’à récemment, où le fait de devoir dormir dans un appartement en étage élevé me ramenait à ces pulsions nocturnes morbides.
Pourtant, on ne pouvait pas me reprocher d’être une fille sombre, j’etais plutot de compagnie agréable, je n’ai jamais été ouvertement triste. Je préférais m’enfermer avec mes démons et les laisser me bercer jusqu’à l’endormissement, en esperant juste que plus jamais ils ne me réveilleraient.
Puis, comme pour un deuil, mon mal-être s’est attenué doucement, sans vraiment jamais disparaitre : il est toujours là comme une présence spectrale, menacant parfois de reprendre le dessus. Mais je ne le laisse pas, je ne le laisse plus. J’ai appris à me battre contre moi-même, sans bequille medicamenteuse, sans psy, juste moi et cette volonté que je sais fragile.
Avoir un enfant ne m’a pas sauvée, j’ai voulu Gugu quand j’ai compris que je voulais vivre et que j’ai réappris à vouloir vivre, à me ré-ouvrir sur le monde, même si il ne me plait pas toujours. Ca a pris du temps, mais lorsque je regarde en arrière, je me rends compte que mon instinct de protection a été le plus fort. Et souvent, je me dis que si je n’étais pas née dans la famille que j’ai, entourée d’amis si comprehensifs malgré cette maladie incompréhensible, je ne serais certainement plus de ce monde. La depression est un cancer de l’âme, la culpabilité de ne pas savoir être heureux alors qu’on a tout pour en plus.
J’ai tellement longtemps voulu me conformer à ce que je n’etais pas, qu’aujourd’hui je ne m’excuse plus jamais de ce que je suis.
17/02/11
Tenue correcte exigée
Dans 1 mois et 5 jours, Gugu aura 2 ans. 07/02/11
Tape tape dans tes mains

Assise près de la cheminée, je lisais tranquillement « L’Obvie et l’Obtus » de Roland Barthes (ou etait-ce Closer avec le témoignage de Joelle P. « Le pénis de mon mari est resté coincé dans mon oreille pendant 6 jours suite à une mauvaise blague » ? ma mémoire me joue des tours) tandis que Gugu jouait avec le Camper Van Fisher Price presque aussi vieux que moi sur le tapis d’Orient du salon de la maison de mes parents.
Je la regardais en coin, me rappelant les heures passées à nous amuser avec ma soeur avec les petits bonhommes accompagnant le camping car, particulierement nos deux petites figurines préférées que nous avions affectueusement nommées, et ce sans la moindre ironie, Angine et Branchite.
Cela faisait un an que je n’avais pas mis les pieds à Lyon mais après avoir passé un Noel anglais plutot morose (je n’ai finalement pas eu de déodorant mais un shampoing 2 en 1 Dove et un tube de dentifrice « gencives sensibles »), j’ai pris deux billets pour que Gugu et moi passions une semaine en France afin qu’elle puisse connaitre la joie du Baeckeoffe maison de ma mère, des Kango et de glousser dans le dos des filles en manteaux Desigual, dont les motifs ressemblent fortement au vomi que Gugu a fait dans l’avion du retour.
Je vois bien que vous êtes en train de penser que j’ai du abandonner ma fille à mes parents pour pouvoir me livrer à des activités festives, incluant des soirées au Macumba à boire du Malibu ananas dans des verres à cocktail en forme de verge bifurquée flanquée de deux enormes couilles garnies de glaçon pour garder la boisson bien fraîche en me frottant au torse viril d’un strip-teaser appelé Michel, qui vient du 34, trouve Cecile de Menibus bonne et adore danser sur les Blak-aïe-piz.
C’est bien mal me connaitre car je vis une vie de quasi-nonne (le quasi etant que je m’autorise parfois un petit juron à caractère religieux) depuis pratiquement 2 ans et demi et j’ai donc passé mon séjour presque cloitrée dans la confortable maison familiale, à manger du pain (en cachette, car ma mère insiste toujours pour qu’on finisse la vieille baguette moisie avant d’entamer le pain frais et chaud, qui devient donc rassi quand on a enfin droit de l’approcher) et à jouer à servir du thé imaginaire à un nounours borgne et deux poupées scalpées.
J’avais vraiment envie de passer du temps avec Gugu, que je ne vois finalement pas tant que ça (la vie à la mine est difficile et prenante) et de profiter de mes parents, qui ne rajeunissent pas (incroyablement). Ma mère, qui bosse encore 70 heures par semaine, n’est pas le genre Caroline Ingalls avec son tablier et ses innombrables tartes aux pommes et ne rien faire pendant plus de 3 jours est une sorte de miracle pour elle (je la soupconne d’etre hyperactive mais de n’avoir jamais eu de diagnostic).
Cela dit, lorsque ses petites filles sont là, elle aime beaucoup leur lire des livres. La maison regorge de mini-bibliothèques composées de biographies, d’essais, d’oeuvres classiques et il y a bien sur la bibliotheque des enfants (chose que j’ai reproduite chez moi car au moins Gugu ne touche pas à nos bouquins avec ses gros doigts qui collent)(pourquoi est ce que les doigts des enfants collent TOUT LE TEMPS ?).
Gugu en ce moment est totalement obsédée par Petit Ours Brun, c’est un peu son Ron Hubbard à elle, elle ne veut lire que des livres qui parlent de lui et de ses formidables aventures (Petit Ours Brun fait du toboggan, Petit Ours Brun mange une tartiflette, Petit Ours Brun fait un prout).
Il fut donc normal que lorsque ma mère lui proposat de lire un livre, Gugu choisit « Petit Ours Brun se fache avec Maman ». Je dois quand meme preciser que 30 minutes avant, ma mère avait ouvert une bouteille de champagne « comme ça, pour rien juste parce que tu es là».
Ma mère commence donc la lecture et à la troisième page, on apprend la raison du litige entre Petit Ours Brun et sa maman : le petit chenapan a proféré un gros mot !
Et ma mère se retourne vers Gugu, la coupe de champagne à la main et le port de tête à la Patsy Stone, puis lui dit, royale:
« A mon avis, il lui a surement dit : grosse pouffiasse ».
09/12/10
Auld Lang Syne
L’année dernière, le 24 décembre, toute la famille se tenait dans la grande église du village autour du cercueil de ma grand-mère. Vous avouerez qu’on peut pas faire beaucoup plus pourri comme réveillon.Cela dit, cette année, nous resterons sur notre petite île à gros. Le 24 au soir, les Anglais ne passent pas la soirée en famille à se baffrer de foie gras et saumon jusqu’à ce que mort s’ensuive, non, non, ils vont au pub avec des amis où ils boivent des litres de lager au goût de pisse de chat leucemique (notez l’image DROLE mais en meme temps, si tu penses vraiment à un chat leucemique, dans moins d’une minute tu as la larme à l’oeil). Mais nous on est pas des vrais Anglais et on a pas d’amis alors on va rester à la maison devant la cheminée enroulés dans des plaids en ecoutant All I want for Christmas is you (parce que qu’on sera bourrés bien sur, sinon on ecouterait un podcast de 2000 ans d’histoire sur le Jacobinisme).
Mes collègues me demandent si je suis triste de ne pas passer Noel en famille. Au début, je croyais que ça allait probablement me déprimer un peu mais je me suis vite rendue compte que j’allais passer Noel en famille : une petite famille certes, mais une famille quand même. Ce qui me deprime en revanche, c’est que le 25, nous allons chez les parents de A-Boy.
Ca fait quelques mois que la mère de A-Boy me tanne avec les traditions familiales et qu’elle veut absolument mes les imposer alors que moi aussi j’ai des traditions familiales : m’engueuler avec ma soeur le 23, se reconcilier le 24, nous re-engueuler le 26 (le 25 on est trop pleines de bouffe). Se moquer de ma mère qui chaque année nous propose de faire un Noel dietetique et finit par acheter la plus grosse bûche de la patisserie. Lire des vieux Paris-Match près du feu et jeter les emballages des papillottes Revillon dans la cheminée alors que mon père n’arrête pas de nous dire que ça etouffe les flammes (mais rendez vous compte, la poubelle est dans la cuisine, qui est au moins à 6 mètres du salon)(en plus, ça colore les flammes en bleu et vert, ce serait une honte de se priver de ce spectacle dedadent). Somnoler devant un vieux film rediffusé pour la 104ieme fois en bavant un peu de jus de dinde. Decorer le sapin avec un goût defiant toute l’oeuvre de Jeff Koons. Dire « Rhoooooo non » quand ma mère nous propose de sortir le vieux retroprojecteur et de regarder les diapos de notre enfance alors qu’on en a secretement envie.
Chez A-Boy, la tradition c’est de manger de la soupe aux algues le 25, d’ouvrir les cadeaux après le speech de la Reine (qui est à 15h le 25, est ce que vous vous rendez compte comme c’est HORRIBLE de devoir attendre tout ce temps pour ouvrir les cadeaux, surtout quand on a un gosse ?), de recevoir un « stocking filler », c’est à dire une chaussette de Noel remplie de cadeaux nuls comme du deodorant ou de la colle à bois et, nouvelle tradition dont j’ai été avertie hier soir, que Gugu offre un cadeau à leur cher fils (que sa mère va acheter et me donner et je dois faire SEMBLANT que c’est Gugu qui lui offre et qu’elle a bossé chez MacDo tout l’été pour pouvoir lui faire plaisir)(j’espère bien qu’il feindra au moins la surprise).
Evidemment, quand j’ai expliqué comment se passait Noel chez nous à la mère de A-Boy, elle me disait « QUOI ? vous n’avez pas de stocking fillers ? mais qu’est ce que vous devez être MALHEUREUX ! » (c’est vrai quoi, moi, si on m’offre pas du déo à Noel, j’en mets pas), «
Si ça lui plait de croire que son fils est assez crétin pour croire qu’une gamine qui mange ses brocolis avec ses lunettes de soleil est allée à Waterstones lui acheter « The Cambridge Encyclopedia of Language » avec ses économies gagnées en vendant ses crottes de nez, grand bien lui fasse.
Jingle all the way !
22/11/10
Où tu voudras, quand tu voudras.
Il y a l’été indien et puis il y a l’hiver anglais.
Je marche dans la boue marronnasse épaisse et glissante des feuilles mortes sur le trottoir longeant Warley Woods. Les grands arbres sont stoïques et aussi indifférents à mon passage qu’à la pisse des chiens qui couvre leurs troncs plein de mousse moite. Il fait froid et j’avance dans le brouillard, la bouche et le nez cachés dans ma grosse echarpe de l’année dernière. Impossible de penser, il faut se concentrer sur chaque pas pour ne pas tomber et quand même marcher assez vite pour ne pas rater le bus de 7h54.
Toujours les mêmes personnes qui attendent sous l’abribus jaune et vert. Quelques gamins qui vont à l’école, cette mère avec ses deux enfants qui mangent des chips, cette grosse infirmiere en tenue du NHS. Quand l’un manque à l’appel, on se sent presque perdu.
J’ai tellement hâte que tout ça finisse. Et tellement peur.
Quels que soient mes sentiments sur ce pays et les raisons pour lesquelles je veux le quitter, ma fille est née ici, ce sont ses racines et elles sont donc un peu devenues les miennes. Le problème des décisions, c’est que l’âge dicte leur caractère irreversible. Je me sens parfois prisonnière des autres alors que je suis foncièrement une fille indépendante. Du moins, c’est ce que j’aime croire.
A-Boy tous les jours me lance de nouvelles idées, au cas où je ne serais pas bien convaincue qu’il n’a pas vraiment envie de se retrouver en France à nouveau.
« Et si on partait en Argentine ?
- Mais quelle bonne idee, nous qui parlons couramment espagnol ! Je pourrais reciter à tout le monde avec fierté La senorita del abanico va por el puente del fresco rio que j’ai appris en 1ère.
-Moi je sais dire tortilla, c’est un bon debut non ? Et puis il y a beaucoup de Gallois en Argentine, je ne serais pas trop depaysé. Par contre j’aime pas trop Shakira.
- Elle est colombienne.
- Ah ouais, je me disais bien qu’elle devait se droguer »
Il est comme un gamin lâché chez Countries’R’Us, proposant le Japon, la Suède, la Belgique, ah mais non pas la Belgique parce qu’on lui a volé son sac en 1998 et qu’il n’a pas encore pardonné au peuple, la Mongolie, le Bhoutan du Sud-Ouest mais bon pas l’Italie quoiqu’on pourrait y reflechir quand même parce qu’il y a des pizzas.
Il se tait et retourne écouter son podcast sur Hume enfoncé dans le Togo abimé, bien content de me laisser méditer sur ses bonnes paroles.
Gugu lève les yeux de son Moomin, me regarde et dit :
« Oh dear »



